Manque de profondeur, c'est paradoxalement ce qui va revenir le plus souvent dans la bouche des détracteurs du bateau le plus encombrant du net. Car de scénario, il n'y en a point. Certes, on la connaît la tragédie, mais de suspens sur plus de 10 minutes, nib. Zéro. L'histoire ne semble m'avoir épargné AUCUN des poncifs du genre, aucune figure de style :
le coucher de soleil (elles sont pas belles mes couleurs numériques dites ?),
les pirouettes à l'arrière de la 4L (et proprement encore, culbutes dans un nuage de vapeur sensuelle : arriver à caser une archi-classique scène de copulation à l'arrière d'une voiture alors qu'on est sur un bateau, il fallait le faire),
14 fois la même scène de blocage devant une grille (au choix, sous l'eau, dans l'air, à moitié dans l'eau, à 2, à 3, à 15, avec ou sans clé, avec ou sans concours de lancer de bancs),
le je m'éclate sur le dancefloor chez les pauvres (enlever ses chaussures, ça fait rebelle, je me tue à le dire, et c'est vrai, on s'amuse tellement mieux chez les ploucs),
son pendant traditionnel, le dîner de cons (invitez un vrai-faux-faible d'esprit propre sur lui à une table de vrai-cons-snob-c'est-marqué-dessus... qui va gagner ? euh...),
une histoire d'Amour sur papier et héros glacés.
Mais le degré inférieur sera largement atteint par les personnages, dont la niaiserie crasse confine au Guiness Book. Stéréo-typé, manichéen (le gentil artiste pauvre, et le méchant aristocrate friqué), trop beaux, trop cons, trop propres, trop prévisibles, trop chiannnnnnnnnnts. Alors comment un des acteurs tirerait-il son épingle du jeu à ce compte ? (ah si, peut-être l'Ingénieur). Nuances dans le jeu : Aucune, un délice de monolithisme. Peinture de la lutte des classes : pitoyablement caricaturale et populiste, "tout le monde il est gentil" en bas, tout le monde y s'amuse ("on est pas bien riche, on est pas bien instruit, mais on rigole bien !"), pendant que ça pète sec en haut, sourire pincé, regard méchant, bouhhh la méchante première classe, bouuuuh, à bas les intellos et les aristos, vive le bon sens bien de chez nous, et les grosses idées simples.
Et ce désir latent de rentabiliser l'investissement : vues d'hélicoptères virtuels du bateau à tout va, syndrome du "vaisseau spatial en travelling". "Tu as loupé la chaloupe 24 sur le coté droit ? allez c'est bon, je te la re-montre...". "Tu as mal vu la cheminée de la chambre de Rose ? C'est bon, la revoilà !". Le public : "EN ! CORE ! EN-CORE !". Cameron : "Et on applauuuuudiiiiit le retour de la cheminée grand luxe". Et la revoilà. Rire, pleurer, le spectateur hésite.
Jusqu'à la plus petite scène, qui aurait pu être réussie : "bon, mon petit gars Jack, tu viens de sauver Rose du suicide, à l'unique force de ta persuasion (bel exploit oral), t'es un bon gars". Plan perso sur moi, spectateur : "wow, cool, une scène en douceur, sans esbroufe, Jake en fin psychologue.". Plan sur les pieds de Rose, qui remonte le bastingage. Plan sur mon front, où perle la goutte de sueur, l'effroi me saisit : "non, il va pas oser...". Re-plan sur les escarpins, où une robe commence négligemment à venir joueur les chieuses. "noooooon, il va pas oser !" me dis-je. Et SI, IL OSE, elle était remontée, il la fait tomber ! Au loin, Cameron ricane : "faut pas déconner, je tenais une bonne cascade, je vais pas m'en priver !". La scène la plus stéréotypée de l'histoire du ciné, offerte à mes yeux ébahis (de rage). On la voyait arriver à une telle distance que franchement jamais je n'aurais pensé que Cameron le ferait. Mais si. James m'a tuer.